Tout commence par une signature. Le 9 février 1839, à bord du brick La Malouine, le lieutenant de vaisseau Édouard Bouët, assisté du capitaine Broquant, passe une convention avec « le chef de la rive gauche de l'estuaire, le roi Kowé-Rapontchombo dit Roi Denis », comportant la cession à la France de deux lieues de terrain. L'acte original est conservé aux Archives nationales d'outre-mer, à Aix-en-Provence.
Ce traité fait du roi Denis, comme l'écrira plus tard la presse, « le premier à signer, en 1839, un traité avec la France ». Mais un second épisode, moins connu, attache directement le nom de la famille à la naissance de la future capitale.
Le navire capturé et le village des affranchis
Dans les années 1840, la marine française donne la chasse aux navires négriers sur la côte. Un journal catholique le racontait encore au début du XXᵉ siècle :
« La frégate l'Arèthuse, ayant donné la chasse et capturé un négrier […], débarqua et rendit à la liberté les pauvres noirs, après avoir négocié pour eux l'abandon par le roi Rapondtchombo d'une certaine étendue de terre leur permettant d'y construire un village. »
C'est l'origine du « village des affranchis » : des captifs arrachés à la traite, installés libres sur une terre concédée par le roi. En 1849, lorsque les captifs du négrier Elizia sont établis sur la rive nord, l'établissement reçoit le nom qui dit tout : Libreville, la ville libre. La mémoire familiale et l'historiographie gabonaise retiennent que cette fondation fut rendue possible par les cessions consenties par les chefs de l'estuaire, au premier rang desquels le roi Denis.
Un siècle plus tard, la presse s'en souvient
En 1939 encore, présentant son descendant venu à Paris, un quotidien résumait ainsi le rôle du fondateur : « descendant du roi indigène Denis, lequel, par le traité passé avec le lieutenant de vaisseau Bouët-Willaumez, en 1839, permit à la France de s'installer dans le pays » (Le Républicain du Gard). Et le roi a laissé son nom à la géographie même de l'estuaire : le cap, la pointe et l'île Denis, face à Libreville, où reposent aujourd'hui ses descendants.
Sources
- Convention du 9 février 1839 entre le roi Denis et le lieutenant de vaisseau Bouët : Archives nationales d'outre-mer, cote FR ANOM 40 COL 436 (document numérisé).
- La Croix de Flers et La Libre Parole : récit de l'Arèthuse et du village des affranchis (Gallica/BnF, domaine public).
- Notre librairie : la convention de 1839 signée à bord de La Malouine avec « le roi Kowé-Rapontchombo dit Roi Denis » (Gallica/BnF).
- Le Républicain du Gard, 1939 (Gallica/BnF).
- Sur l'ensemble du règne : André Raponda-Walker, Notes d'histoire du Gabon, 1960, ch. II ; et la page Arbre généalogique.