C'est l'une des plus anciennes photographies prises sur les terres de la famille : un long bâtiment de feuilles tressées posé sur le sable de la Pointe-Denis, un homme debout en tenue claire, et, assise à l'ombre de l'auvent, une assemblée nombreuse. Le cliché est l'œuvre d'Auguste Houzé de l'Aulnoit, qui photographia l'estuaire du Gabon en 1862, du vivant du roi Denis. Le tirage original est conservé aujourd'hui au musée du quai Branly - Jacques Chirac, à Paris.

Pour la Maison Rapontchombo, ce bâtiment est le temple Bwiti du roi Denis : le lieu où le souverain du clan Assiga tenait les rites dont sa lignée est restée gardienne, et dont la tradition se poursuit aujourd'hui encore sur la presqu'île. Les sources françaises de l'époque, elles, décrivent l'endroit avec leurs propres mots, « la case du roi Denis », sans en saisir la fonction spirituelle.
1865 : la gravure du Tour du Monde
Trois ans après la prise de vue, la revue Le Tour du Monde publie le récit du Dr Griffon du Bellay, médecin de la marine en poste au Gabon de 1861 à 1864. Page 288, une gravure de Thérond reproduit fidèlement la photographie de Houzé de l'Aulnoit : même toit à longs pans de feuilles, même auvent, même assemblée sur le sable.

Le texte qui accompagne la gravure dresse du vieux roi un portrait respectueux. Griffon du Bellay le décrit comme un patriarche « d'une individualité assez remarquable », alliant « finesse et bonhomie » à « un air de dignité réelle » :
« Formé depuis longtemps aux usages européens, il sait porter avec convenance et sans trop d'embarras ses magnifiques costumes. […] Il a le goût de l'hospitalité, fait avec cordialité les honneurs de son pauvre logis. »
« Il habite sur la rive gauche de la baie et en est le chef le plus influent. »
Un détail du même texte éclaire la photographie : le roi, écrit Griffon du Bellay, restait « attaché par une vieille habitude » à sa demeure ancienne et « refus[ait] d'habiter les cases vraiment confortables que ses fils lui [avaient] bâties dans le voisinage ». L'attachement que l'officier français prend pour de la nostalgie, la tradition familiale le lit autrement : on ne déménage pas un temple.
Ce que montre la photographie
L'assemblée assise sous l'auvent, la place laissée libre sur le sable, l'homme debout en habit clair à l'entrée : la scène est celle d'un lieu de réunion et de rite, non d'une simple habitation. C'est sur cette même presqu'île que la famille célèbre toujours ses cérémonies, des offrandes à la mer aux hommages rendus sur la tombe du roi à Iwounwé, et c'est cette continuité, plus que la pierre ou le bois, qui fait de l'image un document de premier ordre pour l'histoire de la Maison.
Sources
- Auguste Houzé de l'Aulnoit, photographies du Gabon, 1862 ; tirages conservés au musée du quai Branly - Jacques Chirac (dont « Le roi Denis », 1862).
- Dr Griffon du Bellay, « Le Gabon (1861-1864) », Le Tour du Monde, 1865, p. 273-320 ; gravures d'É. Bayard et Thérond d'après Houzé de l'Aulnoit ; la case du roi Denis, p. 288 (Gallica/BnF, domaine public).
- Sur la lignée et la garde des rites : André Raponda-Walker, Notes d'histoire du Gabon, Brazzaville, 1960, ch. II-III ; et la page Arbre généalogique du présent site.
- L'identification du bâtiment comme temple Bwiti relève de la tradition de la Maison Rapontchombo ; les sources de 1865 le désignent comme « la case du roi Denis ».