Le 16 septembre 1839, à Paris, le roi des Français Louis-Philippe signe une ordonnance royale qui n'a pas de précédent : elle nomme chevalier de la Légion d'honneur, « pour services exceptionnels rendus », un souverain d'Afrique équatoriale, Antchouwé Kowé Rapontchombo, que les Français appellent le roi Denis. Il est le premier homme d'Afrique subsaharienne à recevoir la plus haute distinction française, créée par Napoléon trente-sept ans plus tôt.

L'année du traité
Tout se joue la même année. Le 9 février 1839, à bord d'un navire français mouillé dans l'estuaire, le lieutenant de vaisseau Édouard Bouët-Willaumez, accompagné du capitaine Broquant pour la chambre de commerce de Bordeaux, signe avec le roi Denis la convention qui autorise la France à fonder un établissement sur l'estuaire du Gabon. Le souverain de la rive gauche, qui parle plusieurs langues européennes et négocie d'égal à égal, devient l'interlocuteur principal de la France sur cette côte. C'est de cette expédition que date l'aquarelle de Stanislas Darondeau, peintre embarqué, qui nous a laissé le plus ancien portrait du roi.
Sept mois plus tard, la croix arrive. Les « services exceptionnels » que l'ordonnance récompense, les sources du temps les décrivent : la protection constante des Européens de l'estuaire, marins naufragés, commerçants et missionnaires, et la parole donnée puis tenue du traité de février. La même année, le roi sauvait de la captivité quatre marins anglais blessés, ce qui lui valut les présents de la reine Victoria : en 1839, Paris et Londres honorent le même geste et le même homme.
Les présents du roi des Français
À la croix de chevalier, Louis-Philippe joint une médaille de vermeilfrappée au nom du ministère de la Marine. Et son fils, le prince de Joinville, obtient pour le roi Denis un privilège que l'étiquette navale réserve aux souverains : lorsque sa pirogue accoste un navire français, le canon tonne pour le saluer.

La croix portée en majesté
Vingt-trois ans plus tard, en 1862, le photographe Auguste Houzé de l'Aulnoit fixe l'image du roi en majesté : couronne, uniforme à épaulettes, sabre, décorations. Sous le tirage conservé au musée du quai Branly - Jacques Chirac, une main du XIXᵉ siècle a calligraphié la légende : « chevalier de la Légion d'honneur, le chef le plus influent du Gabon ». La croix de France avait rejoint les joyaux de la couronne du roi Denis, et la mémoire de la Maison Rapontchombo la garde à ce rang : celui d'un honneur rendu, avant la fondation de Libreville, à un roi qui traita avec les puissances en souverain.
Sources
- Sur l'ordonnance du 16 septembre 1839 et la primauté de la distinction : « Denis Rapontchombo », Wikipédia.
- Sur la mention « pour services exceptionnels rendus », la médaille de vermeil du ministère de la Marine et le salut au canon obtenu par le prince de Joinville : « Denis Rapontchombo », Miboue.
- Le traité du 9 février 1839 : convention entre le roi Denis et le lieutenant de vaisseau Bouët, Archives nationales d'outre-mer, FR ANOM 40 COL 436.
- L'aquarelle de Stanislas Darondeau (1839) : Frey, Côte occidentale d'Afrique, 1890, p. 368, via Wikimedia Commons ; la photographie de 1862 : musée du quai Branly - Jacques Chirac, inv. 70.2008.16.2.17 ; voir la page Archives de ce site.