Après Londres et Paris, Rome. Parmi les témoignages de gratitude reçus par le roi Denis Rapontchombo figure une médaille envoyée par le pape Grégoire XVI, frappée des deux mots latins « Bene merenti » : « à celui qui a bien mérité ». Dans l'Europe de ce temps, l'Italie n'existe pas encore comme État : celui qui parle depuis Rome, c'est le souverain pontife, et son présent pèse le poids d'une reconnaissance morale autant que d'un honneur diplomatique.
Ce qu'est la médaille Bene merenti
La médaille « Bene merenti » est l'une des plus anciennes distinctions pontificales : instituée au XVIIIᵉ siècle sous Pie VI, elle récompense ceux qui ont rendu un service éminent, d'abord militaire, puis de toute nature. Elle n'est pas un ordre de chevalerie : elle est un merci, gravé dans le métal, adressé personnellement par le pape. Que ce merci ait traversé les mers jusqu'à l'estuaire du Gabon, vers un souverain qui n'était pas chrétien de naissance, dit assez la portée du geste.

Pourquoi Rome regarde vers l'estuaire
Le pontificat de Grégoire XVI (1831-1846) croise l'histoire du roi Denis en deux points. En décembre 1839, par la lettre apostolique In supremo apostolatus, le pape condamne solennellement la traite des esclaves : or c'est cette même année 1839 que le roi Denis arrache à la captivité quatre marins anglais blessés lors de la capture d'un navire négrier, le geste que la reine Victoria récompensa. Et c'est sous ce même pontificat que les premiers missionnaires catholiques abordent l'estuaire : le père Jean-Rémy Bessieux et le frère Grégoire Sey débarquent au Gabon le 28 septembre 1844 et y fondent la mission Sainte-Marie, accueillis sur des rives dont le roi Denis est le souverain le plus influent. La protection que le roi accorda constamment aux Européens de l'estuaire, missionnaires compris, est attestée par toutes les sources du temps.
Le troisième joyau
La chaîne et la médaille en or de Victoria, la croix de la Légion d'honneur de Louis-Philippe, la médaille « Bene merenti » de Grégoire XVI : en quelques années, Londres, Paris et Rome ont honoré le maître de l'estuaire, chacun dans sa langue et selon son usage. La mémoire de la Maison Rapontchombo conserve ces témoignages comme un seul trésor : les joyaux d'un règne qui traita avec les puissances du siècle sans jamais cesser d'être gardien des rites de son peuple.
Sources
- Sur la médaille « Bene merenti » envoyée au roi Denis par Grégoire XVI : « Denis Rapontchombo », Miboue.
- Sur la distinction pontificale Bene merenti et son histoire : Association des Chevaliers Pontificaux.
- Sur la condamnation de la traite par Grégoire XVI (In supremo apostolatus, 3 décembre 1839) : texte pontifical, archives vaticanes.
- Sur l'arrivée du père Bessieux et du frère Grégoire Sey le 28 septembre 1844 et la mission Sainte-Marie : « Jean-Rémy Bessieux », Wikipédia ; « Les travaux et les jours de la Mission Sainte-Marie du Gabon (1845-1880) », Persée.