Peuples du Gabon · Massango

Qui sont les Massango ?

Quand Jérôme Mouele Niangou, père spirituel qui accompagne la Maison Assiga, raconte son parcours, tout commence chez les Massango : c'est chez eux qu'il reçut, à l'âge de 5 ans, sa première initiation, le Djombi Tawo Tawo. Mais qui sont les Massango ? Voici ce que les sources publiées permettent d'en dire, et pourquoi ce peuple des montagnes compte dans la carte spirituelle du Gabon.

Un peuple du massif du Chaillu

Les Massango (on écrit aussi Masango, et ils se nomment eux-mêmes Masangu) forment une communauté d'environ 50 000 à 60 000 personnes, établie dans les montagnes du massif du Chaillu, au centre-sud du Gabon. Leurs villages se répartissent entre deux provinces : la Ngounié, autour de Mimongo, Mbigou et Lébamba, et l'Ogooué-Lolo, entre Iboundji, Koulamoutou et Popa. C'est un pays de forêts d'altitude et de rivières, aux confins du monde des Mitsogo, leurs voisins du nord, avec qui ils partagent bien des traditions.

Tête sculptée rapportée de la région de Mbigou en 1939, coiffure à coques et visage aux traits fins
Tête sculptée rapportée en 1939 du village de Bila na Dilemo, subdivision de Mbigou, alors en Afrique-Équatoriale française · Världskulturmuseet, Göteborg, inv. 1939.68.0005 · image CC0. Mbigou, au cœur du pays massango, a donné son nom à la célèbre pierre sculptée du Gabon.

La langue isangu

Les Massango parlent l'isangu (ou sangu), une langue bantoue du groupe shira-punu, celui des langues du sud-ouest gabonais. Le linguiste gabonais Daniel Franck Idiata lui a consacré un ouvrage de référence, Parlons isangu. Langue et culture des Bantu-Masangu du Gabon. La parenté des langues raconte l'histoire : les Massango sont étroitement liés aux Shira (Échira) et aux Punu, avec qui ils forment une même famille de peuples.

Une histoire venue du sud-ouest

Selon l'historien gabonais Guy Claver Loubamono-Bessacque, les ancêtres des Shira, Varama, Ngubi, Vungu, Massango et Punu sont entrés au Gabon par le sud-ouest à partir du XVᵉ siècle, en remontant vers la Ngounié. Une partie d'entre eux s'est fixée dans les montagnes, autour de Mbigou et Mimongo ; l'autre a poursuivi vers l'Ogooué-Lolo, jusqu'à Iboundji et Koulamoutou. Cinq siècles plus tard, la géographie des villages massango dessine encore le chemin de cette migration.

Rites, initiations et pierre de Mbigou

Comme leurs voisins Mitsogo et Apindji, berceau du Bwiti Disumba, les Massango sont un peuple d'initiations : les sociétés comme le Mwiri y encadrent la formation des jeunes, et les voies du Bwiti y circulent comme dans tout le sud gabonais. C'est dans ce monde que s'inscrit le Djombi Tawo Tawo, l'initiation d'enfance que Jérôme Mouele Niangou a reçue chez eux à 5 ans, premier degré d'un parcours qui l'a mené au Mwiri, au Bwiti Ngondet puis au Disumba. Le pays massango est aussi celui de la pierre de Mbigou, la stéatite grise dont les sculpteurs du Gabon ont fait un art national : la tête rapportée en 1939 qui illustre cet article en vient.

Des montagnes du Chaillu à l'estuaire des Mpongwè, les peuples du Gabon se répondent : les voies d'initiation circulent, les lignées se croisent, et c'est cette circulation que la tradition du clan Assiga honore quand elle accueille au temple de la Pointe-Denis les initiés de toutes les branches.

Sources

  • « Massango (peuple) » et « Isangu », notices Wikipédia : Massango · Isangu ; d'après notamment les travaux de Guy Claver Loubamono-Bessacque.
  • Daniel Franck Idiata, Parlons isangu. Langue et culture des Bantu-Masangu du Gabon, Paris, L'Harmattan.
  • André Raponda-Walker et Roger Sillans, Rites et croyances des peuples du Gabon, Paris, Présence africaine, 1962 : archive.org.
  • Tête sculptée de la région de Mbigou : Världskulturmuseet, Göteborg, inv. 1939.68.0005, image CC0 : notice du musée.
  • Le Djombi Tawo Tawo et le parcours initiatique de Jérôme Mouele Niangou ont été communiqués par lui-même : son portrait sur ce site.